
Située dans la région Bourgogne à 180 kilomètres de Paris, préfecture de l’Yonne (89), Auxerre compte environ 40 000 habitants, un chiffre relativement stable depuis trente ans. Une grossière faute sur la prononciation du nom de la ville perdure : on doit bien dire « Ausserre », « Ausserrois » et non « Aucserre », « Aucserrois ». L’économie locale se tourne vers les activités tertiaires mais aussi vers la vigne ; on se souvient d’ailleurs que Guy Roux, l’entraîneur mythique de l’AJA, offrait régulièrement une bouteille de Chablis aux équipes visiteuses. Le patrimoine religieux d’Auxerre est important ; l’édifice à ne pas manquer est la cathédrale Saint-Étienne mais les supporters parisiens sont surtout invités à se recueillir dans un autre lieu pieux, l’abbaye Saint-Germain. Avec de tels noms de saints, la cité auxerroise était vraiment destinée au football.
Le centre-ville, avec son aspect moyenâgeux, invite le promeneur à flâner dans les ruelles étroites ou à contempler la tour de l’horloge. Un détour par la place Charles Surugue s’impose : en admirant la statue de Cadet Roussel, qui a vécu à Auxerre de ses 20 ans à sa mort en 1807, vous pourrez ainsi vous échauffer la voix en chantonnant le premier des quatorze couplés de la célèbre chanson : « Cadet Roussel a trois maisons (bis) – Qui n’ont ni poutres, ni chevrons (bis) – C’est pour loger les hirondelles – Que direz-vous de Cadet Roussel ? – Ah ! Ah ! Ah ! Oui, vraiment, – Cadet Roussel est bon enfant ! ». Les remarquables spécialités culinaires de la région sont très tentantes pour se rassasier : la gougère, les escargots de Bourgogne, le bœuf bourguignon, les fondues bourguignonnes, les truffes de Bourgogne ou le jambon à la chablisienne.
Un club à part.
Pour une ville de cette taille, Auxerre est très dynamique en matière de sport et la réussite de son équipe de football est assez incroyable. Fondée en 1905 par l’abbé Ernest Deschamps, l’Association de la jeunesse auxerroise est le seul club propriétaire de ses installations (stade en tête) en France. Atypique, l’AJA rime avec stabilité, humilité, sagesse, les véritables clés de sa réussite. Sous la présidence de Jean-Claude Hamel depuis 1963, Auxerre a progressivement gravi les échelons pour accéder à la L1 en 1980 : le club bourguignon est passé de la division d’honneur à l’élite en dix ans seulement. Un joli palmarès s’est constitué : un titre de champion de France (1996) et quatre coupes de France (1994, 1996, 2003, 2005).
Sur la scène européenne, Auxerre a joué une centaine de matchs et réalisé de jolies prestations. En 1993, les ajaïstes atteignent les demi-finales de la C3 et échouent d’un rien aux tirs au but devant Dortmund, après avoir notamment éliminé le grand Ajax d’Amsterdam de l’époque (4-2 et 0-1). Parallèlement, le PSG se fait éliminer de la même compétition au même stade, par la Juventus de Turin (1-2 et 0-1). Dommage, une finale de la C3 AJA – PSG aurait marqué les esprits à jamais, d’autant qu’aucun club français n’a gagné la coupe de l’UEFA. Néanmoins, Auxerre et Paris se sont souvent croisées et concurrencées : 1996 fut noire pour le PSG, le titre de champion lui était promis mais la fin de saison calamiteuse de Paris a remis sur les rails l’AJA.
Des personnages locaux indétrônables.
Une petite route mène au stade de l’Abbé-Deschamps, situé dans le bas d’Auxerre, le long de l’Yonne ; l’enceinte peut accueillir 23 467 places assises. L’ecclésiastique Ernest Deschamps a acheté des parcelles en 1912, ce qui a permis d’inaugurer le stade de la route de Vaux six ans plus tard. Le stade a été rebaptisé en 1949 du nom du président-fondateur de l’AJA.
D’autres figures emblématiques du club sont à citer. Gérard Bourgoin et son groupe Bourgoin SA ont longtemps sponsorisé l’AJA ; le dépôt de bilan de la société a contraint l’homme d’affaires à cesser son partenariat. Jean-Claude Hamel détient un sacré record de longévité à la présidence du club, quarante-cinq ans d’affilée, série toujours en cours.
Et bien entendu, tous les chemins mènent à l’incontournable Guy Roux qui a entraîné Auxerre durant près de quarante-cinq ans, une performance quasi inégalable. Son franc-parler, son attachement à la valeur de l’argent (qui ne se souvient pas d’avoir vu le bonhomme faire le tour du stade pour demander à un spectateur de rendre un ballon arrivé dans les tribunes ?), sa tactique (le fameux 4-3-3) mais surtout sa réussite sportive ont forgé une image extraordinaire au personnage. Guy Roux est devenu archi-populaire, ses racines paysannes aidant, et quoiqu’on en dise, il a beaucoup œuvré pour le football français, concomitamment au rôle d’ambassadeur de sa région qu’il s’est attribué.
C’est indéniable, l’AJA a perdu de sa superbe depuis le départ de son fidèle entraîneur. Jacques Santini a fait un passage éclair avant que Jean Fernandez ne reprenne les commandes en mai 2006. Pour le moment, Auxerre n’est plus l’équipe solide qui visait toujours le maintien en L1 avant de jouer les trouble-fêtes face aux cadors du championnat. Non, le club ajaïste vivote, voire flirte avec les profondeurs du classement. Une page est définitivement tournée.
Samedi prochain, l’Abbé-Deschamps devrait accueillir pléthore de supporters parisiens, comme souvent, dans un stade où règne habituellement une ambiance bon enfant.
Auxerre – PSG, samedi 13 décembre à partir de 19h au stade Abbé-Deschamps ou sur Foot+.




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